De Singapour à Solana : rééquilibrer l'efficacité, la prospérité et le coût

Auteur : danny

Titre original : Réévaluer l’écosystème des blockchains publiques avec une logique de gouvernance : du boom de Singapour et de ses coûts à la transformation écologique de Solana


Lorsque nous parlons de blockchains publiques en période de marché baissier, de quoi discutons-nous ? Du prix ? De la communauté ? Ou de la gouvernance ? La question fondamentale est : gérer une blockchain, c’est essentiellement gouverner un pays numérique. Le token est la monnaie, les développeurs sont les citoyens, les DApps constituent l’industrie, et la gouvernance on-chain est le gouvernement. Si nous réexaminons l’histoire de Solana avec une perspective de gouvernance, de nombreuses décisions apparemment fortuites révèlent une logique claire en arrière-plan.

Introduction : personne n’est né pour être fort

Le 9 août 1965, Lee Kuan Yew pleure devant la caméra. Singapour, expulsée du fédéral malaisien, devient une petite île sans arrière-pays, sans ressources, sans armée. Personne ne croyait qu’elle pourrait survivre.

Le 11 novembre 2022, FTX dépose le bilan. La TVL de Solana s’évapore de plus de 75 % en une semaine, le prix du SOL chute de 32 dollars à 8 dollars. Tout le secteur crypto s’exclame : “Solana est fini.”

Le début de ces deux histoires est étonnamment similaire : une petite entité abandonnée, qui lutte pour survivre dans un environnement hostile. Et leur parcours — de dépendance, à survie grise, puis à transformation — peut presque être analysé image par image.

Ce que cet article souhaite explorer, ce n’est pas le prix ni la communauté, mais une question plus fondamentale : gérer une blockchain, c’est essentiellement gouverner un pays numérique. Le token est la monnaie, les développeurs sont les citoyens, les DApps constituent l’industrie, et la gouvernance on-chain est le gouvernement. Si nous réexaminons l’histoire de Solana avec une perspective de gouvernance, de nombreuses décisions apparemment fortuites révèlent une logique claire en arrière-plan.

Chapitre 1 : L’ère de l’armée britannique — le parapluie de SBF et FTX

L’économie de Singapour sous l’armée britannique

Au début de son indépendance, l’économie de Singapour dépendait en partie de la consommation et de l’emploi générés par la présence militaire britannique. La base britannique représentait environ 20 % du PIB de l’époque. Singapour n’ignorait pas la fragilité de cette dépendance, mais pour un pays tout juste né, il n’était pas question de choisir ses clients. Survivre était la priorité absolue.

En 1968, la Grande-Bretagne annonce son retrait de toutes ses forces stationnées à l’est du canal de Suez d’ici 1971. Pour Singapour, c’est comme un coup de poignard dans le dos. Mais c’est aussi cette “abandon” qui oblige Singapour à réfléchir sérieusement : si le parapluie disparaît, sur quoi puis-je m’appuyer ?

L’ère de SBF sur Solana (2020-2022)

La mainnet de Solana a été lancée en mars 2020, mais ce qui l’a vraiment distinguée parmi de nombreux “tueurs d’Ethereum”, c’est Sam Bankman-Fried et son empire. FTX et Alameda Research n’étaient pas seulement les plus grands investisseurs dans l’écosystème Solana, ils en étaient aussi la garantie de crédibilité. Serum, Raydium, Maps.me et d’autres projets clés précoces, étaient presque tous profondément impliqués par des capitaux FTX.

L’écosystème de Solana à cette époque ressemblait fortement à Singapour sous l’occupation britannique : une apparence de prospérité, des chiffres impressionnants (TVL dépassant un moment 12 milliards de dollars), mais une base fragile. La majorité de l’activité sur la chaîne provenait des fonds de market-making d’Alameda en boucle interne, la demande organique réelle étant bien moins saine que ce que les chiffres laissaient penser.

Singapour dépendait de la consommation militaire britannique, Solana dépendait des capitaux de SBF. Les deux ont en commun : une prospérité réelle, mais dont la source est extérieure, concentrée, et potentiellement éphémère.

L’effondrement du parapluie

En novembre 2022, FTX s’effondre en 72 heures, passant de la deuxième plus grande plateforme mondiale à un tas de débris. L’impact sur Solana est systémique : la clé de gouvernance de Serum est contrôlée par FTX, le projet est directement paralysé ; de nombreux actifs de l’écosystème sont gelés dans la plateforme FTX ; la concentration des stakings SOL est révélée ; la confiance du marché s’effondre, les développeurs commencent à partir.

C’est le “moment 1968” de Solana. Le parapluie ne se retire pas lentement, il est détruit en une nuit.

Chapitre 2 : Comment un petit pays sans ressources peut-il survivre — les atouts fondamentaux de Solana

La “ressource unique” de Singapour : sa position géographique

Singapour ne possède ni pétrole, ni minéraux, et même l’eau douce doit être importée de Malaisie. Mais elle a une chose donnée par la nature : la position stratégique du détroit de Malacca. Environ 25 % du commerce maritime mondial transite par là. Lee Kuan Yew a compris très tôt : je n’ai pas besoin de ressources, je dois simplement devenir le meilleur nœud de circulation des ressources.

La “ressource unique” de Solana : ses performances et sa cabale

Dans le monde des blockchains publiques, Solana ne bénéficie pas de l’avantage du pionnier d’Ethereum, ni du mythe narratif de Bitcoin, ni de la modularité flexible de Cosmos. Mais elle possède une chose : une performance native extrême. Temps de bloc de 400 ms, pic théorique de 65 000 TPS, frais de transaction très faibles (souvent inférieurs à 0,001 dollar).

Ce n’est pas une simple donnée technique. Tout comme la position stratégique du détroit de Malacca a permis à Singapour de devenir un hub commercial, la performance de Solana détermine sa capacité naturelle à supporter des activités on-chain à haute fréquence, à faible valeur, en masse.

La position géographique pour Singapour, c’est la vitesse de bloc et le coût de transaction pour Solana : c’est le ticket d’entrée pour que les “cabal” participent à la compétition.

Chapitre 3 : La sagesse de la survie dans la zone grise — de port de blanchiment à casino Meme

La phase “pas très reluisante” de Singapour

C’est une période souvent minimisée dans la narration officielle de Singapour. Entre les années 70 et 90, lors de sa croissance rapide, Singapour n’a pas uniquement prospéré grâce à sa réputation de “propre et efficace”.

Une réalité brutale : à cette époque en Asie du Sud-Est, les pays voisins — Indonésie sous Suharto, Philippines sous Marcos, Myanmar sous la junte — généraient d’importants flux de capitaux à “laver”. Ces fonds avaient besoin d’un lieu sûr, sans questions sur leur origine, avec un système juridique prévisible. Singapour offrait justement cet environnement : lois strictes sur le secret bancaire, infrastructure financière efficace, et une attitude pragmatique du type “si vous respectez nos règles, nous ne vous demanderons pas d’où vient votre argent”.

Le commerce n’a pas de morale, seulement des stratégies de survie. Un petit pays sans ressources doit accepter, dans ses premières phases, certains “fonds imparfaits” pour accumuler un capital suffisant, préparant la transition future.

L’essentiel : Singapour n’a jamais laissé faire. En attirant des capitaux, elle maintenait une efficacité administrative et une certitude juridique très élevées (Temasek et GIC figurent parmi les dix plus grands fonds souverains mondiaux). On peut accepter l’argent gris, mais pas laisser tout s’emballer sur son territoire. Cet équilibre subtil de “gris ordonné” est une maîtrise rare.

La saison Meme de Solana et Pump.fun (2023-2024)

Après l’effondrement de FTX, Solana fait face à une pression de survie comparable à celle de Singapour à ses débuts. La TVL s’effondre, les développeurs partent, la narration s’effondre. Elle ne cherche pas une croissance “idéale”, mais toute croissance — pour simplement survivre.

Fin 2023 et en 2024, la vague Meme déferle sur Solana. L’émergence de Pump.fun abaisse le seuil d’entrée aux Meme à presque zéro : tout le monde peut créer un token en quelques minutes, sans code ni audit. BONK, WIF, BOME, etc., ces mythes de richesse attirent une spéculation massive.

D’un point de vue traditionnel financier ou technologique, c’est une catastrophe. La chaîne est envahie par Rug Pull (escroqueries), Sniper Bot (robots de sniping), et une multitude de tokens sans valeur qui tombent à zéro. Mais si on adopte la perspective de l’histoire de Singapour, tout devient logique et cohérent :

Les Meme pour Solana, c’est comme l’argent sale pour Singapour dans ses débuts — ils ne figurent pas sur la grande scène technophile, mais ils apportent trois éléments clés :

  • Flux de capitaux (réserves de change) : les transactions Meme génèrent un volume énorme et des frais, alimentant directement le modèle économique des validateurs, assurant la stabilité du réseau.
  • La base d’utilisateurs (population) : des millions de nouveaux utilisateurs découvrent pour la première fois le portefeuille Solana (Phantom a vu ses téléchargements exploser), même s’ils sont initialement là pour jouer ou par hasard.
  • La mise à l’épreuve de l’infrastructure (construction urbaine) : le pic de transactions lors de la vague Meme expose les véritables limites du réseau Solana, accélérant le développement d’infrastructures clés comme le client Firedancer.

La sagesse de Singapour ne réside pas dans l’acceptation de fonds gris, mais dans le fait d’avoir toujours construit, parallèlement, une infrastructure réglementaire solide. De même, la clé de Solana n’est pas le Meme lui-même, mais sa capacité à, sous couvert de la vague Meme, faire avancer des constructions fondamentales réellement précieuses.

Chapitre 4 : La monnaie comme souveraineté — la logique de l’économie des tokens

La philosophie de la politique monétaire de Singapour

La Monetary Authority of Singapore (MAS) adopte une politique monétaire unique au monde : elle ne se base pas principalement sur les taux d’intérêt, mais gère la fluctuation du SGD via une bande de change (exchange rate band). La voie de l’appréciation sert à contrôler l’inflation et attirer les capitaux ; la dépréciation stimule les exportations et maintient la compétitivité.

La logique centrale : la monnaie n’est pas immuable, elle doit être dynamique, réactive. La quantité de monnaie créée, son appréciation ou dépréciation, dépend des cycles économiques. Une émission excessive dilue la richesse nationale et provoque l’inflation ; une contraction trop forte étouffe l’économie. Une bonne politique monétaire est un équilibre constant.

L’économie du token de SOL : du inflationnisme à la déflation — un jeu dynamique

L’économie de Solana a connu une évolution similaire.

Phase initiale d’inflation (assouplissement quantitatif) : lors du lancement, le taux d’inflation annuel était d’environ 8 %, décroissant de 15 % par an, avec un objectif à long terme de 1,5 %. Ces nouveaux SOL servaient à payer les récompenses de staking, en gros une dépense pour inciter les validateurs à sécuriser le réseau, comme un pays émergent investissant massivement dans ses infrastructures pour attirer ses “citoyens” (validateurs).

Introduction d’un mécanisme de destruction (politique de contraction) : en 2023, Solana a introduit une destruction partielle des frais de transaction — 50 % des frais de base sont brûlés à chaque transaction. Lorsqu’il y a beaucoup d’activité, la quantité de SOL brûlée peut approcher ou dépasser la nouvelle émission, rendant la monnaie effectivement déflationniste.

C’est comme si la banque centrale d’un pays pouvait enfin relever ses taux : lorsque l’économie (activité on-chain) est florissante, elle peut réduire la masse monétaire pour maintenir la valeur du token.

Mais le problème, c’est que Solana ne dispose pas encore d’un vrai cadre de politique monétaire réactive et dynamique. Son inflation est programmée selon une courbe préétablie, et le taux de destruction dépend entièrement de l’activité du marché, sans mécanisme intelligent d’ajustement comme celui de la MAS.

C’est une problématique de gouvernance profonde que rencontrent presque toutes les blockchains : l’émission et la destruction de tokens ne devraient pas suivre une courbe fixe, mais s’adapter dynamiquement, comme la politique monétaire d’un pays souverain. En période de congestion du réseau (surchauffe économique), il faut augmenter la destruction pour freiner la spéculation ; en période de calme (récession), il faut peut-être réduire le staking ou augmenter les incitations pour encourager la participation.

Une véritable économie de blockchain mature nécessite non pas une courbe d’inflation figée dans le code, mais un mécanisme de “banque centrale” intégré à la chaîne.

seulement quelques-uns comprennent, que les tokens ne prennent de la valeur qu’avec la destruction.

Chapitre 5 : La politique des HDB — “Seuls ceux qui ont des actifs protègent la nation”

La véritable crise de Singapour à ses débuts : ce n’était pas la pauvreté, mais le sentiment de division entre ethnies

Beaucoup parlent du miracle de Singapour, en se concentrant sur la croissance économique. Mais Lee Kuan Yew insistait : le plus grand danger à l’origine n’était pas la pauvreté, mais la fracture raciale.

En 1965, Singapour comptait environ 75 % de Chinois, 15 % de Malais, 7 % d’Indiens. Les trois groupes ne parlaient pas la même langue, avaient des croyances différentes, se méfiaient mutuellement. La raison principale de l’expulsion de Singapour du fédéral malaisien fut l’irréconciliabilité des tensions raciales — lors des émeutes de 1964, 23 morts, des centaines de blessés.

Après l’indépendance, la réalité était brutale : la majorité des habitants ne se considéraient pas comme “Singapouriens”. Les Chinois s’identifiaient à la culture chinoise, les Malais à la fédération malaise, et les Indiens à leur pays d’origine. Le sentiment d’appartenance à “Singapour” était absent, et personne n’était prêt à se sacrifier pour elle.

Lee Kuan Yew devait résoudre une question fondamentale : comment faire en sorte que des personnes qui ne se font pas confiance puissent cohabiter volontairement sous le même toit, et soient prêtes à le défendre ?

Les HDB : plus que des logements, un mécanisme d’attachement national

La réponse réside dans le système HDB — peut-être l’un des plus ingénieux en termes d’ingénierie sociale de l’histoire humaine.

Apparentement, les HDB résolvent le problème du logement. Dans les années 1960, une grande partie de la population vivait dans des quartiers insalubres ou des bidonvilles. Le gouvernement construisit massivement des logements publics, vendus à des prix bien inférieurs au marché, avec la possibilité d’utiliser le CPF pour financer. Aujourd’hui, plus de 80 % des Singapouriens vivent dans des HDB.

Mais la véritable intelligence du système HDB réside dans sa logique politique sous-jacente. Lee Kuan Yew a dit une chose très directe (en gros) : “Quand quelqu’un possède un actif dans un endroit, il est plus enclin à le défendre.”

Le système HDB remplit au moins trois objectifs stratégiques simultanément :

Premier, créer des “parties prenantes”. Quand on est locataire, la prospérité ou la dégradation de la ville ne vous concerne pas directement — on peut simplement déménager. Mais si vous possédez un logement, votre patrimoine est lié à l’avenir de la nation. Si le prix des logements monte, votre patrimoine net augmente ; si le pays est en crise, votre actif diminue. Chaque propriétaire de HDB devient un “actionnaire” du destin de Singapour.

Deuxièmement, favoriser la fusion raciale. C’est la conception la moins reconnue du système HDB. La politique d’intégration ethnique impose des quotas stricts (Ethnic Integration Policy) : dans chaque communauté HDB, la proportion de Chinois, Malais et Indiens est limitée, pour éviter la formation de quartiers mono-ethniques. Vos voisins ne sont pas forcément de la même origine. Les enfants jouent ensemble dans le même immeuble, fréquentent la même école. Après une génération, les barrières raciales se dissolvent lentement dans le mélange physique.

Troisièmement, relier la richesse individuelle à la qualité de la gouvernance nationale. La valorisation des HDB dépend de la prospérité continue et de la bonne gouvernance de Singapour. Si la gestion est efficace, le développement du quartier, les infrastructures, la qualité de vie s’améliorent, et votre logement prend de la valeur. Cela crée une boucle de rétroaction puissante : les citoyens ont intérêt à soutenir une bonne gouvernance, car elle augmente directement leur patrimoine.

Une seule politique de logement, mais qui remplit la triple fonction : “attacher les intérêts — éliminer les divisions — encourager la gouvernance”. Ce n’est pas seulement une politique de logement, c’est la pierre angulaire de l’État. La stabilité intérieure précède la sécurité extérieure, Lee Kuan Yew en était convaincu.

La “question ethnique” de Solana : une communauté divisée

Revenons à Solana. Après l’effondrement de FTX, la communauté Solana est confrontée à une fracture aussi profonde que celle de Singapour en 1965.

Au moins trois “groupes ethniques” coexistent sur la chaîne, avec des intérêts divergents :

Les traders spéculatifs et les joueurs Meme. Ce sont eux qui contribuent le plus à l’activité de la chaîne, en générant volume, frais et buzz. Mais ils n’ont aucune loyauté, ils migrent vers la chaîne à la mode du moment. Ce sont des “populations mobiles”.

Les développeurs natifs et constructeurs. Ils ont investi beaucoup de temps et de capital technique dans la construction de protocoles DeFi, d’outils d’infrastructure, de projets DePIN. Ils ont besoin de la traction des Meme, mais en même temps, ils détestent leur frivolité, car cela nuit à la crédibilité de l’écosystème. La relation est fragile et tendue.

Les validateurs et stakers. Ce sont eux qui assurent la sécurité du réseau, en investissant dans du matériel et du capital de staking. Leur intérêt est la stabilité, le rendement du staking, la valeur à long terme du SOL. Ils ne participent pas aux spéculations à court terme, et s’en moquent même.

Les tensions entre ces trois groupes sont vives. Les traders se plaignent de l’injustice dans la priorité des transactions ; les développeurs reprochent aux Meme de détourner l’attention et les fonds ; les validateurs dénoncent la transparence insuffisante des mécanismes MEV. Sans mécanisme d’alignement des intérêts, la communauté Solana risque de se fragmenter davantage.

Où se trouve le “logement” de Solana ?

La sagesse de Lee Kuan Yew — faire en sorte que les citoyens détiennent des actifs, lier leur intérêt individuel à celui collectif — peut-elle inspirer Solana ? Certaines mécaniques ressemblent déjà à des “logements” :

Le staking, le mécanisme le plus proche du “logement”. En stakant du SOL, vous verrouillez votre actif dans le réseau, et votre rendement dépend de sa santé. Les stakers deviennent naturellement des “actionnaires” de la sécurité du réseau. Mais actuellement, la participation des particuliers est faible, concentrée chez les gros acteurs. Si le “logement” n’était accessible qu’aux riches, cela réduirait l’effet d’attachement, comme si les pauvres ne pouvaient que louer, et non posséder.

Les tokens de gouvernance et les airdrops, une forme de “distribution de logements”. Les projets airdropent des tokens de gouvernance (JTO, JUP) aux premiers utilisateurs et développeurs, en gros une “distribution d’actifs” — transformant les spectateurs en parties prenantes. L’airdrop de JUP à près d’un million de portefeuilles actifs a créé en peu de temps une masse de “propriétaires” avec un sentiment d’appartenance. Si bien conçue, cette mécanique peut être aussi efficace qu’un logement.

La DAO Superteam, une tentative de “fusion ethnique”. En créant des communautés locales dans différents pays, avec des développeurs indiens, des créateurs turcs, des utilisateurs de DeFi nigérians, elle tente de réduire la fragmentation par une organisation structurée. C’est un peu comme la quota ethnique HDB — une structuration hybride pour limiter les petits cercles et factions.

Mais ce qui manque encore à Solana, c’est un vrai mécanisme systématique d’“attachement d’actifs — alignement d’intérêts”. Imaginez une version améliorée : si l’écosystème pouvait établir un système permettant aux développeurs de percevoir une part continue des revenus issus de leurs applications déployées, aux utilisateurs actifs de construire une “crédibilité on-chain” ou une “identité citoyenne” à long terme, et aux validateurs d’être récompensés en fonction de leur fiabilité et de leur contribution à la décentralisation — alors chaque participant verrait sa richesse personnelle étroitement liée à la prospérité globale de Solana.

Quand spéculateurs, développeurs et validateurs deviennent tous “propriétaires” plutôt que “locataires”, ils seront réellement motivés à défendre les intérêts à long terme de la chaîne. C’est la leçon la plus profonde que Lee Kuan Yew nous a enseignée avec le concept de “logement” : les gens ne se battent pas pour des idéaux abstraits, mais pour leurs actifs.

Chapitre 6 : Le carrefour de la transformation — “Et après ?”

Les trois phases de Singapour

La transformation économique de Singapour peut être grossièrement divisée en trois phases :

Première phase (années 1960-1970) : industrie manufacturière à forte intensité de main-d’œuvre. Attirer des multinationales avec des coûts faibles, générer des devises, créer des emplois. C’est la phase de “survie”.

Deuxième phase (années 1980-1990) : hub financier et commercial. Exploiter sa position géographique et ses avantages institutionnels pour devenir un centre régional de capitaux et de logistique maritime. Les flux de capitaux “gris” jouent un rôle clé. C’est la phase de “stabilisation”.

Troisième phase (2000 à aujourd’hui) : économie du savoir et industries de haute technologie. Investir massivement dans l’éducation, attirer des talents (Global Talent Scheme), développer la biotechnologie, la conception de semi-conducteurs, la fintech. Parallèlement, renforcer la réglementation anti-blanchiment pour “laver” progressivement le système financier. C’est la phase de “définition de soi”.

Chaque transition n’est pas automatique, mais se produit avant que les profits de l’ancien modèle ne s’épuisent, en adoptant une stratégie proactive de changement. Cela demande une forte détermination stratégique et une volonté politique — car cela implique de renoncer à certains intérêts actuels.

La position actuelle de Solana : la fin de la deuxième phase

En utilisant le cadre de Singapour, Solana est actuellement dans la fin de la deuxième phase. La vague Meme continue de générer des capitaux et des utilisateurs, mais l’effet marginal diminue. La fatigue face à “la prochaine Meme x100” monte. Si Solana ne parvient pas à se transformer avant la fin de cette vague, elle risque de devenir une “chaîne de casino” — comme si Singapour restait bloquée dans la finance grise, elle pourrait n’être qu’un autre Île Caïmans.

Quelle pourrait être la troisième étape pour Solana ?

Je n’en sais rien, mais ce qui est sûr, ce n’est pas une IA Agent.

Conclusion : le destin des blockchains publiques est celui de leur gouvernance

En regardant l’histoire de Singapour, son succès ne tient pas au hasard, mais à des décisions souvent contre-intuitives mais logiques et rationnelles : ouvrir quand il faut ouvrir (même avec des fonds gris), contrôler quand il faut contrôler (avec des lois strictes pour maintenir l’ordre), se transformer quand il faut (même si cela implique de sacrifier certains intérêts immédiats).

Solana se trouve à un carrefour similaire. La vague Meme lui a fourni des munitions pour durer et une base d’utilisateurs active, mais si elle ne parvient pas à réaliser trois choses avant que cette vague ne s’épuise — établir une gouvernance monétaire dynamique, atteindre une véritable décentralisation pour gagner la confiance des institutions, et développer une industrie solide au-delà des Meme — alors elle pourrait, comme de nombreux petits pays qui ont failli, hésiter dans la fenêtre de transition, et finalement être dépassée par le temps.

La compétition des blockchains, à court terme, c’est la narration ; à moyen terme, c’est la technologie ; à long terme, c’est la gouvernance.

Le token n’est pas qu’un symbole de prix, c’est la monnaie d’un pays numérique. Et la politique monétaire n’a jamais été une courbe figée, mais un art d’équilibre, de timing et de maîtrise.

Postface :

Cet article utilise l’histoire de Singapour comme cadre d’analyse pour l’écosystème de Solana, dans le but d’offrir une nouvelle perspective sur la gouvernance des blockchains publiques. La narration simplifiée de Singapour ne constitue pas une évaluation exhaustive de ses politiques.

Et oui, si vous souhaitez appliquer ce même cadre comparatif à d’autres blockchains, pourquoi pas ?

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